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Livre "Tu t'appelais Maria Schneider" de Vanessa Schneider Le Livre de Poche/Grasset 2024/2018

Publié le par Annie et Kristel

Quand le cinéma a fermé les yeux sur la perversité d'un homme...

​​​​​Présentation par Vanessa Schneider : "Tu étais libre et sauvage. D'une beauté à couper le souffle. Tu n'étais plus une enfant, pas encore une adulte quand tu enflammas la pellicule du Dernier Tango à Paris, un huit clos de sexe et de violence avec Marlon Brando. Tu étais ma cousine. J'étais une petite fille et tu étais célèbre. Tu avais eu plusieurs vies déjà et de premières fêlures. Tu avais quitté ta mère à quinze ans pour venir vivre chez mes parents. Ce Tango marquait le début d'une grande carrière, voulais-tu croire. Il fut le linceul de tes rêves. Tu n'étais préparée à rien, ni à la gloire, ni au scandale. Tu as continué à tourner, mais la douleur s'est installée."

Ci-dessus : La nouvelle couverture du livre paru au Livre de Poche "Tu t'appelais Maria Schneider" rebaptisé "Maria" suite à la sortie du film éponyme dont il est l'adaptation avec l'affiche correspondante qui est aussi celle du DVD 

C'est la première fois que nous publions une chronique engagée qui est autant un cri du cœur qu'un coup de gueule, alors qu'habituellement, nous essayons de rester neutres. Mais en tant que femmes, nous estimions que cela était nécessaire. C'est donc tardivement que nous avons découvert ce témoignage qui retrace le parcours de vie de Maria Schneider, ouvrage d'autant plus précieux qu'il a été écrit par sa propre cousine. Vanessa Schneider a conservé de nombreux souvenirs avec Maria et tenté de lui rendre hommage, ou plutôt justice. Il faut dire que l'actrice était mal entourée dès ses premiers pas dans la vie, entre une mère fragile mentalement et un père célèbre, Daniel Gélin, dont elle était la fille illégitime et qu'il mettra de nombreuses années à reconnaître. Pour beaucoup, hélas, elle n'est résumée qu'à sa prestation dans le sulfureux long-métrage "Le dernier tango à Paris" de Bernardo Bertolucci avec le légendaire Marlon Brando comme partenaire, et surtout cette fameuse scène de viol beurré qui a fait couler beaucoup d'encre, attisant curiosité, moqueries, voire carrément mépris ou haine, sans connaître la vérité dévastatrice. Car oui, ce que beaucoup d'entre nous ne savions pas, c'est que cette scène improvisée, non présente dans le scénario initial, n'est quasiment pas simulée (les avis étant encore partagés). En effet, le réalisateur, ancien disciple de Pasolini avait demandé à Marlon Brando, acteur à la personnalité trouble et dérangeante, de tourner une scène où il abuserait de Maria Schneider sans la concerter auparavant. Ses cris, ses pleurs, sa détresse sont réels, et cela fait froid dans le dos, car ce n'est plus là du cinéma. Cette séquence s'est faite avec un minimum de techniciens, peu présents mais au courant. Lorsque nous l'avons appris, nous étions choquées. Comment une chose pareille a-t-elle pu arriver ? Aucun mot n'est assez fort pour exprimer notre malaise, colère.

Ci-dessus : la véritable Maria Schneider 

Bien sûr, "Le dernier tango à Paris" est un film érotique sans véritable histoire, où Maria y est très souvent nue contrairement à Marlon Brando, mais cela n'excuse en rien cette séquence qui a détruit une très jeune fille, mineure de surcroît, pensant réussir, devenir célèbre et avoir enfin l'attention qu'elle recherchait depuis toujours. Malheureusement, Maria a connu tout cela, croisé la route d'Alain Delon, Brigitte Bardot (chez qui elle a vécu un temps) ou Patti Smith (à qui elle inspirera la chanson "Maria") mais à son détriment. Elle portait le poids de sa souffrance et ce film comme un boulet que les journalistes ne cessaient de lui rappeler malgré tous ses efforts pour s'en défaire. Nous pensions que Bernardo Bertolucci était un grand cinéaste, à l'origine de films tels que "Le dernier empereur", "Little Buddha" ou "Beauté volée", incapable de commanditer un acte aussi monstrueux, même potentiellement simulé. Maria, déjà très sensible, ne s'en est jamais remise et a ensuite continué de travailler, tout en se détruisant lentement mais sûrement, jusqu'à s'enfoncer dans les paradis artificiels puis finalement disparaître en 2011 à l'âge de 58 ans. Cependant, ce livre de Vanessa Schneider, auteure aussi talentueuse que prolifique, n'évoque pas que "Le dernier tango à Paris" en choisissant de dresser le portrait intime de sa cousine à qui elle s'adresse avec tendresse, tout en sachant rester réaliste. A l'ère de #Metoo et d'internet, tout aurait été différent. Peut-être même que ce long-métrage toujours aussi perturbant n'aurait jamais vu le jour ?

Ci-dessus : Vanessa Schneider 

Contrairement à Marlon Brando avec qui Maria était curieusement restée en contact, comme rapprochés par une douleur et une sensation de mal-être communs, l'actrice n'a jamais souhaité revoir Bernardo Bertolucci, disant même "ne pas connaître cet homme" alors qu'ils s'étaient croisés par hasard lors d'un événement. Nous allons terminer cette chronique par un semblant d'excuse de Bernardo Bertolucci, survenu effectivement beaucoup trop tard. Cinq ans avant de s'éteindre en 2018, comme pour soulager sa conscience, le réalisateur a formulé un mea culpa et une demande de pardon posthume à Maria Schneider pour le calvaire qu'il lui infligea sur le tournage du "Dernier Tango à Paris""J'ai été horrible avec elle, je voulais sa réaction en tant que fille et non en tant qu'actrice, je voulais qu'elle se sente humiliée. Le cinéma ne permet pas tout, et je l'ai compris beaucoup trop tard."

"Tu t'appelais Maria Schneider", un livre tout simplement émouvant et sincère...

Livre "Tu t'appelais Maria Schneider" de Vanessa Schneider Le Livre de Poche/Grasset 2024/2018 

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