Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

chroniques films & courts-metrages

Film "Nowhere Boy" de Sam Taylor-Wood DVD Warner Bros 2011

Publié le par Annie et Kristel

John avant Lennon ou sa jeunesse entre la musique et son amitié avec Paul McCartney.

L'histoire : John Lennon a grandi dans une famille pleine de secrets. Élevé par sa tante Mimi, il retrouve à l'adolescence sa mère, Julia. Arrivé en âge de comprendre le mystère qui a déchiré ces deux sœurs, John veut les réconcilier. Une paix fragile s'installe, aussitôt ruinée par une tragédie. Mais sa mère a aussi légué à John un don précieux : la musique, grâce à laquelle ce jeune homme tourmenté va enfin trouver sa voie.

"Nowhere Boy" est un biopic retraçant les débuts des Beatles, en particulier à travers le parcours de John Lennon entouré de ses deux amis, George Harrison et surtout Paul McCartney. Basé sur les mémoires de Julia Baird, la belle-sœur de John Lennon, il est le premier long-métrage réalisé avec passion par Sam Taylor-Wood, qui n'avait alors à son actif que des courts-métrages expérimentaux dont "Love You More" primé par une Palme d'Or. Avant "Nowhere Boy", les films "Chapitre 27" avec Jared Leto et "The killing of John Lennon" d'Andrew Piddington, avaient déjà été consacrés à l'ex-Beatles sans pour autant traiter de sa période juvénile, avant qu'il n'intègre le groupe qui forgera sa renommée.

Sam Taylor-Wood a d'ailleurs reçu le soutien du réalisateur Anthony Minghella, disparu en 2008. "Nowhere Boy" lui est ainsi dédié. Pour parfaire le tout, le scénariste Matt Greenhalgh, à l'œuvre sur ce film, avait déjà collaboré à l'écriture d'un autre long-métrage musical avec "Control" d'Anton Corbijn, qui relatait la vie du chanteur Ian Curtis. L'un des défis de "Nowhere Boy" a été de reconstituer le Liverpool des années 50, peu de temps après la Seconde Guerre Mondiale. L'aspect final n'a cependant pas été gris, sombre, comme on aurait pu s'y attendre, mais élaboré afin de renvoyer directement vers la psychologie du jeune John Lennon.

La bande originale du film a de son côté été enregistrée dans les mythiques studios d'Abbey Road qui ont accueilli au cours des 60's plusieurs enregistrements d'albums des Beatles dont le fameux éponyme "Abbey Road". L'autre point positif de "Nowhere Boy" se caractérise par son casting, à commencer par Aaron Johnson qui a hérité du rôle de John Lennon, même si la ressemblance avec l'ex-Beatles n'est pas évidente. Mais la justesse de son interprétation d'un personnage si complexe avec ses failles, sa fragilité, son mal-être dans une existence où il ne parvient pas à trouver sa place, jusqu'à ce que la musique vienne illuminer son quotidien, apporte une force authentique au long-métrage.

Pour l'anecdote, Aaron Johnson a suivi une formation en amont du tournage afin de pouvoir assurer lui-même les passages musicaux. Il faut dire que Sam Taylor-Wood avait une idée très précise de l'acteur qu'elle voulait pour le rôle. En auditionnant Aaron, alors en plein tournage de "Kick-Ass", son allure, sa sensibilité, son phrasé emprunté à celui du musicien lui ont fait comprendre qu'elle venait de trouver son John Lennon. Une alchimie artistique ayant rejoint la réalité puisque Sam, devenue depuis Sam Taylor-Johnson, et Aaron se sont fiancés après le tournage, avant de se marier.

Seuls petits bémols dans cette composition presque parfaite : John Lennon avait les yeux marrons et non bleus comme c'est le cas dans "Nowhere Boy". De plus, Aaron Johnson, du haut de ses 20 ans, est en réalité plus âgé de 5 ans que son illustre personnage, John Lennon à 15 ans. Une excellente prestation qui lui a cependant permis de remporter l'Empire Award du jeune acteur.

 N'oublions pas les interprétations féminines remarquées de Kristin Scott Thomas, impeccables, dans le rôle de Mimi, la tante de John, et Anne-Marie Duff, qui campe Julia, la mère de celui-ci, auxquelles viennent s'ajouter deux des futurs membres des Fab Four, dont l'autre leader, Paul McCartney, incarné par Thomas Sangster ("Nanny McPhee", "Love Actually") et George Harrison, joué par Sam Bell dont c'était ici le premier film.

"Nowhere Boy", un biopic réussi sur une partie méconnue du parcours de John Lennon, avec un Aaron Johnson touchant. Le film nous permet de mieux comprendre la personnalité torturée du musicien entré depuis dans la légende, rebelle, toujours en quête de lui-même et du sens de sa vie, ainsi que la dualité John Lennon/Paul McCartney, si complémentaires dans leur créativité, que pourtant tout sépare déjà, excepté un drame similaire.

Un long-métrage intimiste, davantage centré sur la famille que la musique (le nom Beatles n'existant pas encore), ce que certains ont déploré, et se terminant bien trop vite, juste avant le départ des Fab Four pour Hambourg, là où tout va commencer.

A noter que "Nowhere Boy" est sorti aux USA le 8 octobre 2010, veille du 70ème anniversaire de John Lennon, devenu une source d'inspiration pour de nombreux autres musiciens, afin de lui rendre hommage. Malheureux hasard, une autre date comportant le chiffre 8 (8 décembre 1980), voyait disparaître ce grand artiste, épris de liberté et de paix, sauvagement assassiné par un "fan" qu'il avait déjà rencontré pour un autographe gentiment accordé, en toute confiance. John Lennon restera inoubliable par son charisme, ses mélodies, brillant pour l'éternité au firmament de la musique, loin d'un "Nowhere Boy".

Film "Nowhere Boy" de Sam Taylor-Wood DVD Warner Bros 2011

Voir les commentaires

Film "Une sirène à Paris" de Mathias Malzieu DVD Sony 2019/2020

Publié le par Annie et Kristel

Après "Jack et la mécanique du cœur", Mathias Malzieu du groupe Dyonisos nous emporte une nouvelle fois dans un univers créatif merveilleux...

L'histoire : Crooner au cœur brisé, Gaspard s'était juré de ne plus retomber amoureux. Quand à Lula, jolie sirène, elle n'a que le chant pour se défendre des hommes, en faisant s'emballer leur cœur jusqu'à l'explosion. Lorsque la Seine en crue vient déposer Lula au pied du Flowerburger, la péniche-cabaret où chante Gaspard, c'est un mini-tsunami qui va bouleverser leur existence. Lui, l'homme qui a souffert d'avoir trop aimé, et elle, la créature qui n'a jamais connu l'amour, vont apprendre à se découvrir et à chanter d'une même voix...

En choisissant de porter à l'écran son roman éponyme "Une sirène à Paris", comme cela avait été le cas avec "Jack et la mécanique du cœur", le musicien-acteur-réalisateur-auteur Mathias Malzieu, leader et chanteur du groupe Dyonisos, nous livre ici un conte moderne à la fois tendre, drôle, baroque, mais surtout réaliste, avec Paris, ville lumière en guise de décor. Pour Mathias, l'élément déclencheur a été la crue des berges de Seine survenue en 2016. Le paysage lui est apparu magnifié, aussi dangereux que poétique. En formidable conteur capable de nous surprendre et de nous émouvoir, il a alors eu l'envie d'écrire une comédie romantique et décalée à la façon d'un film de Frank Capra avec une sirène et un chanteur de cabaret pour héros, qui reste contre toute attente insensible au son de sa voix envoûtante et fatale.

Une alchimie qui fonctionne à merveille entre Nicolas Duvauchelle dans le rôle de Gaspard (à la belle carrière cinématographique depuis l'excellente série "Braquo", et récemment apparu dans le clip de Camélia Jordana "Silence") et Marilyn Lima, parfaite d'innocence énigmatique dans celui de Lula.

Bien sûr, la musique occupe également une place importante au sein du film. Le réalisateur en a écrit les titres, ceux de Gaspard, du Flowerburger, de la rencontre, et a composé le thème de Lula avec lequel elle tue, repris dans le refrain de la chanson "Une sirène à Paris", qui permettent d'en apprendre davantage sur les personnages et leur passé. Elles sont toutes interprétées par les acteurs, ravis par cette perspective qui demeurait un véritable challenge.

Pour Marilyn Lima, le défi de se glisser dans la peau d'une sirène a été comme plonger dans un autre univers. Entre la perruque, les deux heures de maquillage par jour, et le temps passé dans la baignoire dont l'eau devait être régulièrement réchauffée, elle a dû s'habituer à enfiler rapidement son costume et à privilégier dans son jeu d'actrice le haut du corps et les expressions de son visage.

 Cette histoire est la transposition d'une déception sentimentale ayant meurtri Mathias Malzieu au point qu'il a cru ne plus jamais pouvoir retomber amoureux. La sirène a été une métaphore de cette réalité qui enchante le réel avec une femme bien trop belle. Il devait inscrire ce récit dans un "réalisme magique", un conte certes, qui ne se déroulerait pas dans un lieu fascinant et inconnu mais à Paris dont le seul élément surnaturel et fantastique serait la sirène.

Pour Mathias Malzieu, les décors ont été capitaux, "Une sirène à Paris" étant son premier long-métrage en prises de vues réelles. Créer une atmosphère particulière à été essentielle afin de mieux s'immerger dans un monde magique reflétant l'esprit de Gaspard et des Surprisiers, avec son petit appartement ressemblant à une annexe du Flowerburger à laquelle s'ajoutent des détails propres à un célibataire vivant dans un atelier d'artiste. L'inspiration est également venue de cadres naturels. Le tournage extérieur et les scènes au restaurant ont été filmés à Paris. L'aquarium est celui du Trocadéro dont l'équipe a juste réaménagé certains emplacements, et les salles de bains ont été construites en studio.

Le casting joue un rôle primordial dans cette fable oscillant entre mélancolie et fantaisie avec également l'une des égéries de Pedro Almodovar, Rossy De Palma, toujours aussi tourbillonnante et fantasque, l'impérial Tcheky Karyo, Romane Bohringer, extraordinaire dans sa quête de vérité, le touche-à-tout Alexis Michalik dans un rôle surprenant, sans oublier Rodolphe Pauly.

A noter que le neuvième album de Dyonisos "Surprisier" a été écrit durant la conception du film "Une sirène à Paris", et comporte de nombreuses allusions au long-métrage même si il peut aussi s'apprécier de manière indépendante. Surprisier est en fait le joli terme inventé par Mathias Malzieu pour "Une sirène à Paris" afin de définir celles et ceux dont l'imagination peut changer le monde.

Avec "Une sirène à Paris", Mathias Malzieu accroche une nouvelle étoile à son univers poétique, celle de l'aventure parisienne d'une petite sirène d'aujourd'hui qui séduit par la douceur trompeuse de sa mélodie, et d'un amour impossible entre deux êtres que tout oppose. Une rêverie bien plus qu'un film...

Film "Une sirène à Paris" de Mathias Malzieu DVD Sony 2019/2020

Voir les commentaires

Film "Wild Rose" de Tom Harper DVD M6 Vidéo 2019

Publié le par Annie et Kristel

"Wild Rose" est un film dont on a malheureusement peu parlé, si ce n'est pour le comparer à "A Star Is Born" avec le talentueux couple vedette Lady Gaga et Bradley Cooper, dont il est le parfait opposé, avant tout parce qu'il s'agit ici d'un long-métrage anglais avec un point de vue différent, plus intimiste et social, proche de Ken Loach, où la musique country y est reine. Deux facettes d'un même rêve de gloire...

L'histoire : Récemment sortie de prison et de retour auprès de ses deux enfants, Rose-Lynn n'a qu'une obsession : quitter Glasgow pour devenir chanteuse de country à Nashville. Hésitant entre sa passion et son rôle de mère, la jeune femme va devoir faire des choix.

Pas évident de concevoir un récit où la vedette est la musique country, tant elle souffre d'une mauvaise image, considérée à tort comme ringarde. Pourtant, ce film relève le pari avec brio. Le scénario de Nicole Taylor, véritable fan de ce style depuis l'âge de douze ans, n'y est pas étranger. Elle s'est inspirée de sa propre passion afin d'écrire "Wild Rose" et en a situé l'action dans sa ville, Glasgow. Nicole Taylor décrit la country, son exutoire, ainsi : "Une musique plaisant beaucoup aux gens qui n'ont pas l'habitude de faire part de leurs sentiments. Mais quand ils entendent de la country, une musique pure et brute qui n'a pas peur d'être sentimentale, ils vivent une expérience cathartique."

Outre son affection pour la country, Nicole Taylor a imaginé le personnage de Rose-Lynn en pensant à la prestation d'une candidate de télé-crochet, mère de cinq enfants dont deux placés dans des institutions. La scénariste s'est posée la question de savoir si cette jeune femme devait choisir entre sa passion et sa vie de famille. Une interrogation demeurée sans réponse.

Etonnant clin d'œil du destin quand on sait que l'interprète de Rose-Lynn, Jessie Buckley a aussi participé au télé-crochet britannique "I'd Do Anything" en 2008 sur la BBC, dont elle a été finaliste. C'est le réalisateur Tom Harper qui a eu l'idée de solliciter Jessie Buckley qu'il avait déjà dirigée dans la mini-série "Guerre Et Paix". Pour lui, c'était une évidence quand il a découvert le personnage, fait pour cette brillante comédienne et chanteuse. Quasie-inconnue lors du casting de "Wild Rose", Jessie Buckley n'était pas le premier choix des producteurs, et Tom Harper a dû de battre pour l'imposer.

Une décision judicieuse. Preuve en est avec son émouvante interprétation de Rose-Lynn, tour à tour immature, drôle, agressive, sûre d'elle et vulnérable. La force du film réside dans son audace à dépeindre les défauts et les égarements du rôle pour la rendre plus humaine, crédible, en définitive proche de nous. Certes, Rose-Lynn n'est pas parfaite mais ce sont ses erreurs qui vont lui permettre d'avancer, se remettre en question, comprendre ses priorités en accordant plus de temps à sa famille, quitter sa condition sociale difficile sans pour autant renoncer à ses rêves.

Face à Jessie Buckley, Julie Walters interprète Marion, la mère de Rose-Lynn, un véritable pilier dans sa vie, une femme bouleversante, guidée par ses convictions et son amour pour sa fille et ses petits-enfants.

Question musique, le compositeur et superviseur musical Jack Arnold a envoyé à Jessie Buckley, qui n'était jusqu'alors pas familière avec la country, une liste de huit artistes emblématiques de ce style. Elle les a aussitôt écouté, particulièrement séduite par Emmylou Harris et Bonnie Raitt. Nicole Taylor et Jessie Buckley ont écrit les superbes chansons du film comme s'il s'agissait du premier album de Rose-Lynn. Une expérience incroyable et naturelle pour les deux femmes grâce à leur amour commun pour la musique, véritable complicité artistique.

Le tournage de "Wild Rose" s'est déroulé à Glasgow et Nashville, deux villes où la musique y tient une place d'honneur. Glasgow est d'ailleurs classée au patrimoine mondial de l'UNESCO pour la musique, tandis que Nashville est l'un des grands centres de l'industrie du disque aux Etats-Unis, en particulier country. L'équipe y a investi le Ryman Auditorium, salle de concert mythique de Nashville où se sont notamment produits Johnny Cash, Dolly Parton, Emmylou Harris ou encore Elvis Presley alias The King. Un temple encore empreint de la présence de tous ces grands musiciens, pour une très belle scène du film, un moment-clé.

Plus surprenant, la magnifique chanson finale de "Wild Rose" a été écrite par l'actrice Mary Steenburgen. Parmi la centaine de propositions reçues par Universal music, émanant notamment d'artistes de Nashville, celle de la comédienne a séduit l'équipe par sa sincérité et sa causticité, sans doute parce que son auteure, grâce à son métier, a pu mieux comprendre leurs attentes en signant un texte sublime.

"Wild Rose", un long-métrage qui nous fait passer du royaume de l'ombre à la lumière avec une BOF exceptionnelle, portée par la voix poignante de Jessie Buckley chantant son désespoir pour mieux atteindre les étoiles...

Film "Wild Rose" de Tom Harper DVD M6 Vidéo 2019

Voir les commentaires

Film "Killing Bono" de Nick Hamm DVD Pyramide Video 2011

Publié le par Annie et Kristel

Dublin 1976. Les frères McCormick voulaient être plus célèbres que Bono. Découvrez leur étonnant parcours avec "Killing Bono", une comédie Pop-Rock de Nick Hamm, inspirée de faits réels.

L'histoire : Neil McCormick n'en doute pas, une vie de star l'attend. Avec son frère Ivan, il fonde Shook Up !, le plus grand groupe de rock du monde. Au même moment, Paul, leur camarade de classe, créé sa propre formation, U2, et se fait désormais appeler Bono. Mais Neil est persuadé que Paul n'a pas l'étoffe d'un grand, et que dans son ascension vers la gloire, Shook Up ! laissera U2 loin derrière lui.

Ci-dessus : le groupe U2 dans le film "Killing Bono"

Qui ne connaît pas "In The Name Of Love", "Sunday Bloody Sunday", "With Or Without You", "One", et bien d'autres titres de U2 qui ont fait leur renommée grâce à des textes inspirés, engagés, au son si caractéristique de la guitare de The Edge, comme un cheval au galop, ainsi qu'au charisme du leader, Bono. Ce film est justement l'occasion de vous faire découvrir les débuts de ce groupe devenu mythique, qui remplissait encore récemment les stades par leur simple nom. Attention, "Killing Bono" n'est cependant pas un biopic consacré à U2. Les véritables héros sont en fait les frères McCormick, le scénario, écrit en étroite collaboration avec des proches du band U2, s'inspirant de l'autobiographie "I Was Bono's doppelganger" signée Neil McCormick. D'ailleurs, le nom du long-métrage est une référence à une plaisanterie entre Neil et Bono, ce dernier affirmant être le double maléfique de Neil, un doppelganger, donc, qu'il devait tuer pour récupérer sa vie. 

Ci-dessus : les frères McCormick dans "Killing Bono"

Situé entre 1976 et 1987, "Killing Bono" dresse le portrait de musiciens aux grandes ambitions mais qui vont très vite déchanter, tout en restant fidèles à leurs convictions. Rythmée par une BOF énergique à la hauteur du sujet comportant de véritables chansons de Shook Up ! retravaillées à la demande du réalisateur afin d'être moins 80's, plus actuelles, tout en conservant leur style entre Elvis Costello et Dollar, le film, contrairement à ce que laisse penser son titre, est une comédie douce-amère, alternant scènes drôles, parfois volontairement exagérées, et certaines plus touchantes. L'acharnement d'Ivan et surtout de Neil, leur obstination, animés par l'énergie du désespoir, éclipsent quasiment U2, qui semble presque fade à côté d'eux. Il faut dire que l'interprétation des acteurs y est pour beaucoup : Ben Barnes, loin du Prince Caspian dans la saga "Le Monde de Narnia" et actuellement dans la série "The Punisher", est époustouflant dans le rôle de Neil, loser magnifique, tout comme Robert Sheehan, découvert dans la série "Misfits", qui campe son frère Ivan.

Ci-dessus : Ben Barnes (Neil McCormick)

Krysten Ritter, vue dans les excellentes séries "Breaking Bad" et "Jessica Jones" dans laquelle elle tient le rôle principal, tire également son épingle du jeu grâce au personnage de Gloria. Martin McCann s'avère quand à lui convaincant en énigmatique Bono.

Ci-dessus : Ben Barnes (Neil McCormick) et Krysten Ritter (Gloria)

Enfin, n'oublions pas le grand Pete Postlethwaite, parti bien trop tôt, dont "Killing Bono" a été le dernier long-métrage. Celui-ci devait d'ailleurs à l'origine avoir un plus grand rôle, mais en raison de sa maladie, le réalisateur Nick Hamm a décidé de lui en écrire un nouveau, celui, très surprenant, de l'excentrique Karl.

Ci-dessus : Ben Barnes (Neil), Pete Postlethwaite (Karl) et Robert Sheehan (Ivan)

Pour la petite histoire, Bono a surtout apprécié le début du film qui évoquait leur jeunesse commune. Quand on y pense, Shook Up ! a joué de malchance, notamment lors de leur première prestation dans une grande salle de Londres, programmé le même jour que le Live Aid, concert de charité historique.

Bien sûr, au final, Neil n'est pas devenu la légende du rock qu'il escomptait, mais un critique musical réputé du journal anglais "The Daily Telegraph", également auteur de la biographie du groupe "U2 par U2", ce qui est déjà en soi une belle revanche. De son côté, Ivan considère que tout s'est passé exactement comme dans le long-métrage. Lors de l'avant-première à Dublin, Neil lui a chuchoté à l'oreille : "Tu vois, on y est arrivé. Ça nous a juste pris un peu plus de temps que je ne le pensais."

"Killing Bono", ou rebaptisé "Killing Myself" par Bono, un film intimiste, qui vous fera voyager sur les terres d'Irlande, baignées par la musique de U2 et de Shook Up !, bien sûr...

Film 'Killing Bono" de Nick Hamm DVD Pyramide Video 2011

Voir les commentaires

Film "Ça Chapitre 2" de Andy Muschietti DVD Warner Home Video 2019

Publié le par Annie et Kristel

Souvenez-vous de notre chronique consacrée au premier volet de "Ça", dans laquelle nous vous exprimions notre impatience de découvrir la suite. C'est aujourd'hui chose faite pour un résultat à la hauteur de nos espérances.

L'histoire : 27 ans après la victoire du Club des ratés sur Grippe-Sou ou Pennywise (parmi ses nombreux surnoms), le redoutable clown est de retour. Désormais adultes, les membres du groupe ont presque tous quitté la petite ville de Derry et tenté de fuir leurs mauvais souvenirs. Cependant, lorsque de nouvelles disparitions sont signalées, Mike, le seul à être demeuré sur place, demande à ses amis de le rejoindre. Traumatisés par leur expérience du passé, ils doivent faire face à leurs peurs les plus profondes pour détruire définitivement Ça et la menace permanente qu'il représente.

"Ça Chapitre 2" clôture en beauté l'aventure Pennywise, même si les avis sont partagés entre les spectateurs et les journalistes. Là où certains apprécient à juste titre de retrouver un univers proche des romans signés du maître de l'horreur Stephen King, un monstre plus présent, des effets spéciaux maîtrisés sans surenchère, d'autres lui reprochent sa durée qui étire l'action et prend le temps de montrer l'évolution des personnages. Pas facile de reprendre l'histoire 27 ans plus tard avec des enfants devenus adultes. Une étape véritablement délicate, pas forcément au goût de tous.

Pourtant, toujours réalisé par Andrés Muschietti (devenu Andy) avec la collaboration de sa sœur Barbara, tous deux admirateurs de Stephen King (dont ils vont aussi produire l'adaptation d'un autre de ses ouvrages, "Chantier"), "Ça Chapitre 2" propose une suite aussi réussie que le premier volet en faisant allusion aux événements précédents de façon chronologique et structurée, tout en insistant sur la manière dont l'attachant Club des ratés les ont vécu, entre souvenirs, angoisses, courage d'affronter ses craintes pour mieux les vaincre, ensemble, que l'on soit petit ou grand, car devoir anéantir Grippe-Sou n'est pas plus facile dans les deux cas.

Le film est porté par un casting de choix : Jessica Chastain qui retrouve Andy Muschietti après "Mama" en 2013, James McAvoy de "The X Men", Jay Ryan de la série "Beauty And The Beast", l'acteur-réalisateur Xavier Dolan, et bien sûr Bill Skarsgård, remarquable en Pennywise, plus effrayant que jamais, également présent dans la 1ère saison de la série "Castle Rock", inspirée de... Stephen King, of course.

Justement, notons l'apparition surprise de Stephen King himself dans le rôle d'un vendeur d'objets d'occasion. Preuve que "Ça Chapitre 2" a été validé par son créateur, celui-ci n'apparaissant que dans des adaptations de ses œuvres qu'il juge à la hauteur où de séries qu'il aime comme son cameo dans "Sons Of Anarchy".

Il se murmure même qu'un troisième volet de "Ça" serait en projet, avec Andy Muschietti à la réalisation et Bill Skarsgård, toujours dans le rôle de Grippe-Sou, qui reviendrait sur les origines du monstre, indépendant de la saga de Stephen King.

Ça n'a peut-être pas encore dit son dernier mot...

Film "Ça Chapitre 2" de Andy Muschietti DVD Warner Home Video 2019

Voir les commentaires

Film "Joker" de Todd Phillips DVD Warner Bros 2019/2020

Publié le par Annie et Kristel

Et si pour une fois, les spectateurs se glissaient dans la peau du méchant ? C'est ce que propose "Joker", le film événement que nous attendions de voir avec curiosité. Car "Joker", l'un des ennemis jurés de Batman, à la fois terrifiant et paradoxalement si vulnérable, était au départ simplement un homme brisé, qui aurait pu avoir un destin bien différent. Après tout, pour affronter son adversaire, il faut d'abord apprendre à connaître ses failles...

L'histoire : Arthur Fleck (Joaquin Phoenix), comédien de stand-up en galère, est agressé alors qu'il déambule dans les rues de Gotham, déguisé en clown afin de subvenir à ses besoins ainsi qu'à ceux de sa mère malade (l'impeccable Frances Conroy de "Six Feet Under" et "American Horror Story"). Méprisé, bafoué et tourné en ridicule, il sombre peu à peu dans la folie jusqu'à devenir "Joker", le Joker, un dangereux tueur psychopathe. Mais qui est-il réellement ? Quelles sont ses motivations ? Pourquoi agit-il ainsi ?

 Le long-métrage devenu culte répond à ces questions en nous dépeignant ce personnage avant qu'il ne devienne le criminel que tout le monde connaît. Au début de "Joker", on découvre cet homme dans son quotidien aussi morne que sa ville, Gotham, d'abord en homme-sandwich puis en comique pour enfants malades. Mais tout au fond de lui, son rêve le plus fou est de monter sur les planchers sous les applaudissements d'un public conquis.

Arthur voudrait être un véritable humoriste. Pas facile quand on est atteint du syndrome pseudo-bulbaire qui l'empêche de contenir son rire et gâche ses interventions comiques. Au fur et à mesure, cette hilarité incontrôlée devient de plus en plus démoniaque. A la place d'une belle carrière dans le stand-up, Arthur gravit les échelons du crime et de la folie. "Joker" est né...

Todd Phillips nous révèle à sa manière, par un film qui ne s'inscrit dans aucune continuité par rapport aux autres éléments de la franchise "Batman" de DC Comics, les origines de ce super vilain, qui a suscité bien des fantasmes au cours de ces dernières années à travers les comics, séries et films. Raconter les fêlures du clown à l'éternel sourire et à l'inquiétant rire devenu sa signature, exigeait un contexte et le réalisateur a choisi de le mettre en scène dans un Gotham réaliste et dans une époque précise, le début des années 1980. Pas étonnant qu'Arthur se retrouve à Arkham au milieu du film. Mais l'asile d'aliénés des comics "Batman", connu pour son architecture gothique, ressemble ici à un hôpital rongé par les coupes budgétaires. Les scènes dans les couloirs ont d'ailleurs été tournées au sein d'un authentique établissement de santé situé dans le Bronx. Alors qu'il enchaîne les déboires professionnels, les pages de ses cahiers qu'il utilise pour écrire ses sketchs se remplissent de pensées de plus en plus noires, à l'image de Gotham qui broie les plus faibles, en écho à la vision que se fait Arthur du monde extérieur.

Violence, misère, contexte familial compliqué, Arthur évolue au milieu d'une série de circonstances atténuantes. Loin de tout justifier, cet environnement délétère nous fait entrer dans la tête du personnage, accéder à ses pensées et comprendre comment il en est arrivé là.

 Une mère malade, manipulatrice, mythomane, violente, l'absence d'image paternelle, l'ombre de la famille Wayne et en particulier d'un certain Bruce qui plane déjà au dessus de lui, une vie sentimentale inexistante malgré son amour non partagé pour sa voisine seront des facteurs déclencheurs de sa démence.

Ses séances avec une psychologue municipale lui permettant de tempérer ses angoisses et de continuer son lourd traitement médical, seront hélas interrompues, faute de budget, ce qui précipitera sa descente aux enfers. Côté travail, ce n'est pas mieux : des emplois ingrats aggravés par sa pathologie (son impossibilité à contenir son rire), d'où de constantes agressions et humiliations qui finiront par le faire renvoyer. Pour couronner le tout, un célèbre présentateur de talk-shows qu'admire sa mère (magnifiquement interprété par le grand Robert De Niro) se rapproche d'Arthur pour de mauvaises raisons, et en paiera le prix dans sa propre émission.

Evoluant entre réalité, hallucinations et frustration, Joaquin Phoenix est époustouflant dans le rôle d'Arthur. Il parvient à nous faire éprouver de l'empathie et de la compassion pour un personnage complexe mais également dévoué et plein de bonnes intentions. Après Jack Nicholson, le regretté Heath Ledger, Jared Leto et Cameron Monaghan (de la série "Gotham"), les précédents interprètes du Joker, Joaquin Phoenix s'est complètement investi dans son incarnation d'Arthur Fleck, allant jusqu'à perdre de nombreux kilos. Sa maigreur effarante contribue à adhérer au mal-être d'Arthur. Un acteur caméléon qui n'hésite pas à prendre régulièrement des risques, à la façon de Christian Bale, l'un des Batman, justement. L'Oscar du meilleur acteur remporté par Joaquin Phoenix en 2020 pour cette interprétation est amplement mérité.

Todd Phillips a réussi le pari audacieux, sans effets spéciaux, de nous faire partager l'intimité, non pas d'un super-héros, mais d'un futur tueur machiavélique en nous rappelant que les méchants les plus terrifiants sont ceux qui nous sont les plus proches. Car n'oublions pas que malgré la détresse qui se lit sur le visage d'Arthur, il deviendra le symbole du mal absolu...

Film "Joker" de Todd Phillips DVD Warner Bros 2019/2020

Voir les commentaires

Film "Pleasantville" de Gary Ross DVD Metropolitan/TF1 Vidéo 1998/1999

Publié le par Annie et Kristel

Qui n'a jamais rêvé de vivre "dans" son émission préférée ?

Durant cette période de confinement où il est plus important que jamais de se distraire et de garder le moral, quoi de mieux qu'un petit retour en arrière avec "Pleasantville", un film méconnu propice à la nostalgie des 50's.

L'histoire : dans les années 90, David (Tobey Maguire), un adolescent naïf et rêveur, s'évade du quotidien grâce à "Pleasantville", une sitcom en noir et blanc des années 50. Là-bas, la vie y est parfaite : tout est bonheur, calme et simplicité. David admire particulièrement une famille idéale dont il connaît les habitudes par cœur : un père compréhensif, une mère élégante et cordon bleu, des enfants modèles. Un havre de paix.

En revanche, sa soeur jumelle Jennifer (Reese Witherspoon) est tout son contraire, impertinente et complètement intégrée dans son époque. Un soir, un étrange réparateur de télévision leur donne une télécommande qui les propulse dans cette existence idyllique. Les voilà obligés de vivre à "Pleasantville" en noir et blanc, dans un monde d'une autre époque, une quatrième dimension.

Cependant, Jenny, toujours aussi rebelle, n'entend pas se soumettre à cette tranquillité, dans ce décor sans saisons où les personnages ne connaissent ni les sentiments, ni le sexe et encore moins les livres. Bientôt, la présence de David et Jennifer provoque au sein de Pleasantville d'étranges phénomènes, notamment caractérisés par l'apparition progressive de la couleur et de l'éveil des sens.

"Pleasantville", premier film du réalisateur Gary Ross, est une véritable fable moderne, qui possède de nombreux atouts : des effets spéciaux éblouissants, une technique inventive par le biais d'une habile utilisation de la couleur et du noir et blanc tout à fait remarquable qui lui a valu de nombreux prix et nominations, dont trois aux Oscars en 1999.

Sous l'aspect d'une comédie pour teenagers, se cache en réalité une satire qui appelle à la tolérance et au droit à la différence dans cet univers homogénéisé qu'est "Pleasantville". Le charme rétro des années 50, la musique de Randy Newman, tout comme le mélange d'humour et de poésie confèrent à cette histoire originale, intelligente et imaginative un instant rare de cinéma.

Ajoutez à cela des acteurs confirmés: Tobey Maguire (bien avant "Spider-Man"), Reese Witherspoon, Joan Allen, Jeff Daniels, William H. Macy et les regrettés J.T. Walsh, Paul Walker (inoubliable dans la saga "Fast And Furious"), tous deux disparus bien trop tôt.

Ci-dessus : Paul Walker et Reese Witherspoon dans une des séquences du film.

"Pleasantville", alliant passé et présent, s'avère être un grand moment du 7ème art...

Film "Pleasantville" de Gary Ross DVD Metropolitan/TF1 Vidéo 1998/1999

Voir les commentaires

Film "Yesterday" de Danny Boyle DVD Universal 2019

Publié le par Annie et Kristel

Plutôt Beatles ou Rolling Stones ? Difficile de répondre à cette question, excepté dans le film "Yesterday" où tout le monde a mystérieusement oublié l'existence des Beatles, sauf Jack.

L'histoire : hier, les Beatles étaient connus de tous, mais aujourd'hui, seul Jack Malik (Himesh Patel) se souvient de leurs chansons. Avant, cet auteur-compositeur-interprète galérait, avec des rêves de succès tardant à se réaliser. Pourtant, Ellie (Lily James), son amie d'enfance, originaire comme lui du petit village de Lowestoft dans le Suffolk (Angleterre), croyait en lui et l'encourageait de tout son cœur à continuer. A la suite d'un accident avec un bus survenu pendant une étrange panne d'électricité, Jack se réveille dans un monde où les Beatles n'ont jamais existé, ce qui va lui inspirer une idée un peu folle et lui ouvrir les portes de la gloire, le confrontant également à un cas de conscience.

D'emblée, "Yesterday" nous a attiré par le pari original et audacieux de nous proposer une existence sans les Beatles, mais aussi sans Coca-Cola®, cigarettes, ni Harry Potter et encore moins le groupe Oasis.

Comme vous le savez déjà, la musique fait partie de notre vie sous toutes ses formes, y compris par le biais cinématographique. Bonne nouvelle, nous vivons actuellement une période où les biopics musicaux et leurs dérivés ont le vent en poupe, à l'image de "Bohemian Rapsody" (consacré à Freddy Mercury et le groupe Queen), "Rocket Man" (Elton John), mais aussi "A Star Is Born" (avec Lady Gaga et Bradley Cooper) ainsi que "Music Of My Life" (sur les chansons de Bruce Springsteen, dont nous vous avions déjà parlé sur notre blog), tous d'incontestables réussites.

Le réalisateur oscarisé Danny Boyle (pour "Slumdog Millionnaire" en 2009, "Trainspotting") et le scénariste Richard Curtis ("4 mariages et 1 enterrement", "Love Actually" et "Coup de foudre à Notting Hill") associent leur savoir-faire pour nous concocter un Feel Good Movie musical, qui permet de retrouver les plus belles chansons des Beatles, comme un retour jubilatoire sur leur carrière, magnifiquement interprétées par l'acteur Himesh Patel, littéralement habité par son rôle, personnage auquel on s'identifie aisément. La preuve, quand Jack réalise que ses propres chansons ne plaisent pas et qu'il décide de s'approprier le répertoire des Beatles, dont il connaît les textes pratiquement par coeur, nous comprenons aisément son désarroi de musicien, puis, alors que la gloire lui sourit, ses interrogations : doit-il continuer de tricher ou écouter son coeur et redevenir intègre ?

Côté casting, outre le brillant Himesh Patel dans le rôle de Jack (révélé par la série "EastEnders", puis apparu dans le film "The Aeronauts" et bientôt à l'affiche du long-métrage événement de Christopher Nolan, "Tenet"), notons l'apparition remarquée en guest star un peu décalée du musicien Ed Sheeran, ange gardien de Jack, un des premiers à lui donner sa chance, qui nous dévoile ici une facette méconnue de son talent pour la comédie so british. N'oublions pas Lily James (ayant débuté dans la série "Downtown Abbey", vue dans "Cendrillon" de Kenneth Branagh et "Baby Driver"), parfaite de sensibilité, incarnant Ellie, la meilleure amie romantique du héros, qui aimerait être bien plus que cela.

Seul petit bémol : nous aurions aimé voir davantage la "Fan Attitude" de Jack pour les Beatles avant le blackout mondial et son accident. Mais cela ne gâche en rien notre plaisir.

"Yesterday" reste un excellent film, qui donne la pêche, idéal pour se divertir, apportant un regard lucide sur la célébrité et l'importance des priorités de la vie, ses véritables valeurs. A quand une version Rolling Stones ?

Film "Yesterday" de Danny Boyle DVD Universal 2019

Voir les commentaires

Film "Tolkien" de Dome Karukoski DVD 20th Century Fox 2019

Publié le par Annie et Kristel

Pour bien commencer l'année 2020 que nous vous souhaitons douce et heureuse, nous avons choisi de chroniquer le film "Tolkien". En effet, nous connaissons tous l'univers si particulier du "Hobbit" et donc du "Seigneur des anneaux", créé par John Ronald Reuel Tolkien ou plutôt J.R.R.Tolkien, mais moins l'homme qui se cache derrière l'auteur de ce monde imaginaire inspiré des mythologies germanique et celtique. Ce biopic est l'occasion de revenir sur cette partie méconnue de la vie de Tolkien, privilégiant sa jeunesse et ses années d'apprentissage.

L'histoire : né en Afrique du Sud mais résidant en Angleterre, J.R.R.Tolkien perd très tôt son père puis sa mère. Son tuteur l'envoie avec son frère vivre dans une pension de famille où il rencontre une orpheline, Edith Bratt, dont il tombe amoureux. Il intègre l'école King Edward's à Birmingham où il impressionne ses camarades en récitant à la perfection "Les contes de Canterbury". Tolkien fonde avec trois d'entre eux un groupe littéraire dont les membres sont liés par une profonde amitié.

Il part ensuite à Oxford et est contraint par son tuteur d'arrêter de fréquenter Edith qui se fiance à un autre homme. Ils se revoient juste avant le départ de John pour le front de l'Ouest, la première guerre mondiale venant d'éclater. 

Deux de ses amis meurent pendant la bataille de la Somme durant laquelle il est lui-même blessé. De retour du front, John épouse Edith. Plus tard, il convainc la mère d'un de ses défunts amis de publier à titre posthume les poèmes écrits par son fils. Le film s'achève avec Tolkien écrivant la première phrase de "Bilbo le Hobbit".

C'est avec intérêt et curiosité que nous nous sommes immergées dans "Tolkien". Comme nous vous l'avons dit en début d'article, "Bilbo le Hobbit" et "Le seigneur des anneaux" sont des œuvres majeures, sources de la fantasy actuelle, faisant presque oublier le parcours de Tolkien, auteur à l'imagination foisonnante, porté par sa passion de l'écriture mais aussi des mots sous toutes ses formes, philologue érudit ayant une connaissance approfondie de langues anciennes. C'est d'ailleurs grâce à ce savoir qu'il parviendra à instaurer son propre langage dans "Le Seigneur des anneaux" notamment, un atout indéniable enrichissant la mythologie de sa saga, remettant ainsi au goût du jour la fantasy. Tolkien a ainsi inspiré des générations d'écrivains. 

Pourtant, les choses avaient mal commencé pour lui: la perte de ses parents, des élèves à priori hostiles avant de devenir ses meilleurs amis, des frères d'armes, l'élue de son cœur qu'il croit perdre, et surtout cette terrible guerre qui ravage et détruit tout ce qu'il a eu tant de mal à construire, entre confiance en soi, persévérance et fragilité. "Tolkien" rend hommage et justice au père du "Hobbit" et du "Seigneur des anneaux" en nous faisant part de la genèse de sa création, pour comprendre comment celle-ci a pris vie, grâce au formidable pouvoir de son imagination dans laquelle il a très tôt trouvé refuge, puisé des contes que lui lisaient sa mère. L'atout de ce film est son casting composé de Nicholas Hoult ("X-Men", le méconnu "Warm Bodies") dans le rôle-titre de Tolkien, tout en sobriété et sensibilité, et la délicate Lily Collins ("The Mortal Instruments", qui a réussi à s'imposer par son talent et non comme étant la fille de Phil) dans celui d'Edith, la femme de sa vie, toujours là pour lui, ainsi que Derek Jacobi (inoubliable "Cadfael" dans la série éponyme).

Bien sûr,  en dépit de toutes ses qualités, "Tolkien" présente quelques longueurs ayant suscité lors de sa sortie en salles des avis mitigés, voire négatifs, lui reprochant également à tort une trop grande neutralité dans le traitement de ce biopic, mais c'est paradoxalement son rythme atypique qui permet de brosser le portrait de ce grand auteur tout en conservant cette aura mystérieuse qui le caractérise.

Film "Tolkien" de Dome Karukoski DVD 20th Century Fox 2019

Voir les commentaires

Film "Mutafukaz" de Shōjirō Nishimi et Guillaume "Run" Renard Ankama/AB Vidéo DVD 2018/2019

Publié le par Annie et Kristel

Pour notre première chronique de film d'animation, nous avons bien sûr choisi "Mutafukaz" avec pour casting vocal Orelsan (dont le clip "Fantômes" issu de la réédition de son dernier album "Epilogue" vient tout juste d'être mis en ligne sur YouTube), Gringe et Redouanne Harjane dans les rôles respectifs d'Angelino, Vinz et Willy.

L'histoire : Angelino est un jeune homme perdu vivant à Dark Meat City, une cruelle mégalopole écrasée par le soleil bien trop présent de la Californie. Le jour, il livre des pizzas et la nuit, il squatte une misérable chambre d'hôtel avec son coloc Vinz et une armée de cafards qui se sont pris d'amitié pour lui (et oui, c'est possible). Un accident de scooter va bouleverser sa vie en lui faisant croiser la divine Luna, une fille aux cheveux noir de jais qui hantera son esprit. C'est alors que notre héros commence à souffrir de maux de tête et d'étranges hallucinations. Hallucinations, vous dites ? A moins que la vérité soit plus nuancée. De mystérieux hommes en noir le poursuivent, qui permettent à Angelino de comprendre qu'il est leur cible. Mais pourquoi lui ? Sa rencontre avec Luna est-elle vraiment le fruit du hasard ? Quel est le secret des origines d'Angelino ?

Photos ci-dessus de gauche à droite : Shōjirō Nishimi et Guillaume "Run" Renard

Produit par Ankama Animations, "Mutafukaz", l'adaptation de la BD éponyme de Guillaume "Run" Renard, sort des sentiers battus, à mi-chemin entre le manga, l'univers hip-hop US, la culture pop et geek, tout en empruntant beaucoup aux codes des comics, nous faisant oublier qu'il s'agit d'un film d'animation (pour adultes) grâce à un rythme speed où les rebondissements s'enchaînent en faisant également la part belle à l'onirisme, le droit à la différence, et surtout l'écologie. Une véritable leçon d'humanité entre gravité, humour noir et violence savamment dosés. Dès sa création, "Mutafukaz" a été pensé comme un projet international, co-produit en France et au Japon. Avant même sa sortie officielle, le film a voyagé, passant par des festivals dans le monde entier, notamment aux USA où il a choqué quelques spectateurs. N'oublions pas que "Mutafukaz" signifie "Mother Fucker" "Nique ta mère" en francais, ce qui explique qu'il y ait été rebaptisé "MFKZ". Malgré des problèmes de distribution ayant retardé son exploitation cinématographique, le film a finalement réussi à s'imposer et à s'exporter grâce à sa qualité visuelle et cinématographique.

Ci-dessus de gauche à droite : les personnages de "Mutafukaz" Willy, Vinz et Angelino

Porté par la musique de The Toxic Avenger et la participation de Matt Bastard, leader du groupe Skip The Use (sur un titre de la BOF "Grave Of Broken Dreams"), "Mutafukaz" doit aussi énormément au doublage qui donne littéralement vie aux personnages et à leur formidable amitié. La bande de potes formée par Orelsan qu'on ne présente plus (et qui avait déjà doublé l'anime "One Punch Man"), Gringe, à la fois acteur et rappeur (dont l'excellent album "Enfant Lune" vient d'être certifié disque d'or-chronique disponible sur notre blog), et l'humoriste aux multiples facettes Redouanne Harjane (M, meilleur acteur aux Venice Days), est parvenue à nous faire apprécier ces êtres hors du commun : le sensible Angelino qui s'avère plus puissant et redoutable qu'il ne le pense, Vinz à la tête de mort perpétuellement en feu, son meilleur ami toujours là pour l'aider, contrairement à l'amusant et zozotant Willy, plein de bonnes intentions mais pas très courageux. Impossible en les retrouvant tous les trois de ne pas penser à "Comment c'est loin", film chroniqué sur notre blog (Vinz disant à Angelino "Comment j'ai faim", une des répliques de "Comment c'est loin") ou aux Casseurs Flowters (leurs personnages dans la série "Bloqués" et la tête enflammée de Vinz qui n'est pas sans rappeler leur clip "Fais les backs").

Ci-dessus de gauche à droite : Redouanne Harjane, Orelsan et Gringe

A noter également que Féodor Atkine à la riche carrière (la voix française de "Docteur House", c'était lui) et Guillaume "Run" Renard himself viennent compléter ce doublage haut de gamme dans les rôles du méchant Mister K et du commentateur de catch, Mommie et Papy Reggaeton.

"Mutafukaz" a remporté le prix du Jury Jeunes de la région Grand Est et celui de la Meilleure musique originale au festival international du film fantastique de Gérardmer. Des détails qui ne trompent pas pour ce long-métrage que nous vous recommandons.

Film "Mutafukaz" de Shōjirō Nishimi et Guillaume "Run" Renard Ankama/AB Vidéo DVD 2018/2019

Voir les commentaires

1 2 3 4 > >>